Une semaine dans une communauté Shiwiar

 
A peine arrivés à Quito, nous reprenons le bus le lendemain matin en direction de Puyo (5h), ville situé dans "l'Oriente" c'est-à-dire le bassin amazonien.

Sur place, nous sommes accueillis par Pascual Kunchicuy, responsable de l'association FUNSSIF (Fundacion Shiwiar Sin Fronteras) avec qui nous étions en contact par mal, et il nous livre les recommandations avant notre "entrée" dans la communauté, c'est-à-dire notre voyage en avion vers notre destination finale prévu le lendemain matin.

Le transport se déroule en petit avion de 4 à 8 places, qui sont de véritables taxi de la jungle : l'avion est le seul et unique moyen qui relie la "ville" et tous ses services et une multitude de villages situés dans l'est équatorien. Ces petits coucous transportent aussi bien passagers que colis (outils, courrier, essence, médicaments...). La météo étant très instable toute l'année dans cette région, on n'est jamais sûr de l'horaire du départ (si jamais on arrive à partir dans la journée!).

Le lendemain matin à l'aube, le temps est très dégagé, et Pascual vient nous chercher a notre hôtel pour nous amener à l'aéroport de Shell (à 20 min de Puyo). C'est que la zone est extrêmement riche en pétrole, et que les compagnies étrangères se sont installés depuis plusieurs décennies dans la région. Nous rencontrons l'autre passager de l'avion (nous serons donc 3 plus le pilote) : Tselem, le chef de la communauté de Juyuintsa ou nous allons passer une semaine.

  

Nous emportons avec nous des colis pour la communauté mais aussi de l'eau en bouteille et de la nourriture à notre attention. Après la pesée, c'est le décollage... Le vol dure quand même 1h30 et on n'est pas très serein... mais ca passe. Après les alentours de Puyo et les champs cultivés, on arrive très vite au-dessus d'un immense tapis vert au travers duquel les méandres de plusieurs cours d'eau marrons brisent la monotonie. On ne remarque aucune habitation et aucune vie humaine à perte de vue.

  

  

C'est au moment de l'atterrissage qu'on trouve les premières habitations depuis Puyo, mais elles sont bien différentes ! A peine arrivés, nous déchargeons nos sacs et les différents colis, puis le pilote repart illico presto. Le village semble vide. Nous réalisons alors que nous sommes vraiment arrivés, et ce qui nous paraissait très séduisant devant l'ordinateur pouvait tourner en une expérience catastrophique...

  

  

Sur la dernière des photos ci-dessus, on voit notre habitation. C'est en principe la maison de l'instituteur du village, mais celui-ci est en ville pendant les vacances scolaires. C'est la seule habitation qui est "fermée".

La communauté de Juyuintsa a été crée par Tselem en 2000 sur les bords de la rivière Conambo. Elle est constituée aujourd'hui d'une cinquantaine de personnes dont une majorité d'enfants. La communauté est bâtie autour de Tselem et de ses sœurs. Mais ca nous ne l'avons compris qu'au bout d'une semaine ! C'est que les gens n'ont pas l'habitude de se présenter et ne montrent pas de signe d'affection en public, donc, jusqu'à la fin de notre séjour, nous n'étions pas sûrs que deux personnes étaient frères et sœurs, mari et femme ou autre. C'est encore plus difficile avec les enfants de savoir qui sont les parents d'autant plus que les enfants vivent ensemble avec pratiquement aucune surveillance des parents.

Le chef de la communauté, Tselem, est épaulé par Hernann, le chef du syndicat de la communauté (un personnage fabuleux, impressionnant de connaissance, de sagesse et d'humanité). Ce dernier est élu par la communauté chaque année. Son travail est d'organiser la minga : les tâches communes du village (nettoyage, entretien de la piste d'atterrissage, construction de maison...). Chaque matinée du lundi au vendredi est destinée à la minga, le reste de la journée et le samedi est consacré aux travaux de chaque famille (pêche, entretien des chacra ou champs de manioc...). Le dimanche, personne ne travaille.

Comme d'habitude, ce sont les femmes qui effectuent les tâches les plus pénibles... Si les hommes construisent les maisons, défrichent les champs (chacra), pêchent et chassent, les femmes, elles, cultivent le manioc, préparent la chicha, cuisinent, entretiennent le foyer, s'occupent des enfants, servent les hommes. La "maîtresse" de la communauté s'appelle Guadalupe, elle est la soeur de Tselem. A 32 ans, après 12 grossesses, elle doit en plus s'occuper de nous nourrir pendant 8 jours ! Ce qu'elle a fait d'une main de maître, puisque, aussi incroyable que cela puisse paraître, nous n'avons pas été malade.

La plupart des adultes de la communauté appartiennent à la tribu Shiwiar (une des plus petites communauté en nombre d'êtres de la région), sont nés dans la forêt mais ont vécu en ville. Pour tous, cette expérience a été un échec, et dés que l'opportunité s'est présentée, ils ont quitté Puyo pour revenir vivre en forêt. Ce ne sont certainement pas des "sauvages", la plupart ont reçu une éducation, certains avaient un métier tout à fait "normal" en ville (laborantin), ils parlent presque tous espagnols (deux femmes adultes semblaient ne pas parler).

Ce qui fait l'attrait de la communauté de Juyuintsa est incontestablement la présence de la piste d'atterrissage. Celle-ci permet le transport de marchandises, l'évacuation des blessés en cas d'urgence et l'arrivée de touristes ! Il a fallu 2 ans à la communauté pour construire cette piste de 600 mètres de long (sans aucun outils de terrassement : uniquement à l'aide de machette). Ca a été un travail de romain, et c'est aussi un travail de tous les jours de maintenir la piste en bon état.

Nous avons pu constater l'intérêt de la piste d'atterrissage quand nous avons vu (entendu) un avion arriver le matin du troisième jour. C'était un médecin accompagné d'un membre de la tribu Shiwiar qui venait pour une campagne de vaccination contre la fièvre jaune dans la région. Ils emmenaient avec eux de quoi vacciner trois cent personnes (la durée de vie du vaccin est 2 jours). A peine atterri ils ont vacciné hommes, femmes et enfants de la communauté, puis sont partis en pirogue afin de rejoindre d'autres communautés (la première communauté est à 2h de pirogue). Deux jours après, ils revenaient à Juyuintsa pour reprendre l'avion et "sortir" de la jungle. Toute la communication avec les avions se fait par une radio HF alimentée par énergie solaire.

     

  

Les enfants sont très présents dans la communauté, car très nombreux. L'école est inutilisée en ce moment en raison des vacances scolaires, mais c'est le seul bâtiment en dur du village (béton et tôle). L'instituteur enseigne à tous les enfants, de 5 à 16 ans, en shiwiar et en espagnol (c'est donc lui aussi un indien appartenant à cette tribu).

  

        

        

Notre case, est assez confortable et c'est assez agréable d'avoir un peu d'intimité (ce qui n'existe pratiquement pas dans le reste du village).

     

Les activités dans la jungle sont la balade à pied, en pirogue et l'apprentissage de l'artisanat local. Nous pensions pouvoir participer à une partie de chasse, mais nous avons été surpris de constater que les Shiwiar mangent très peu de viande (uniquement pour les fêtes) et très peu de poisson. En fait leur alimentation est principalement constituée de yucca (en fait du manioc) légèrement fermenté et mélangé à de l'eau froide. Le goût n'est vraiment pas bon... C'est pour cette raison que nous avons amené de la nourriture avec nous, mais nous avons également eu droit à du tapir et plusieurs fois du poisson qui avaient été préparés spécialement pour nous.

La balade en pirogue nous a conduit jusqu'à la frontière péruvienne. Nous nous y sommes rendu très nombreux et nous nous sommes arrêtés chez un couple d'indien Kichua (une autre ethnie) ainsi qu'aux postes frontières équatoriens et péruviens.

  

     

 

En raison de son éloignement des autres habitations humaines, la forêt à proximité de Juyuinsta a une faune très riche. Pendant nos différentes balades à pied, guidés par le chef du syndicat Hernann. Nous avons pu observer plusieurs variétés de singes, un anaconda géant... Bien sûr, nous n'avons pas échappé à la traditionnelle déforestation de palmier. Mais le plus intéressant, c'est d'observer comment les hommes de la communauté sont à l'aise dans ce milieu hostile.

   

   

     

        

Concernant l'artisanat, nous avons fabriqué la chicha (la boisson/nourriture à base de manioc), un panier en liane, de la poterie, et préparer la drogue pour la démonstration du shaman : le natem (fabriqué à partir de la liane d'Hayauasca).

     

        

     

        

La veille de notre départ, une journée spéciale de festivité est organisée lors de laquelle toute la communauté participe et arrêt de travailler. Après plusieurs discours émouvants de  remerciements, en espagnol, en shiwiar... la journée est consacrée au sport avec un match de foot sur la piste d'atterrissage, et un tournoi de volleyball sur le terrain au filet impeccable (fait à la main) et aux dimensions officielles (nous avons enfin compris à quoi correspondaient ces fils tendus au sol!).

 

     

  

Et le soir, c'est la grande fête, à partir de 19h dans la nuit noire, éclairés par quelques chandelles, la sono impressionnante mise en marche grâce au groupe électrogène (essence arrivée par avion) et diffusant de la musique amazonique : la cumbia. Enfin, la chicha un peu plus fermentée que d'habitude a un niveau d'alcool proche du vin, et rapidement, toute la communauté est bourrée, dans une ambiance hyper sympathique.

  

 

  

Le lendemain matin, le temps est clément, et c'est le cœur serré que nous attendons l'avion du retour. En attraction finale, nous avons droit au dépeçage dans la rivière d'un sanglier sauvage capturé le matin même par Hernann (le seul qui n'était pas resté pour la soirée).

        

C'est avec regret que nous quittons Juyuintsa, en espérant y revenir prochainement... Pendant le retour, nous nous arrêtons quelques heures dans une communauté Kichua (beaucoup plus grande), et à cette occasion le pilote achète sur place un énorme poisson encore vivant de type préhistorique.

       

 

Quelques infos sur la communauté Shiwiar et le projet FUNSIFF:

L'objectif de cette expérience d'écotourisme est de faire découvrir la culture et le mode de vie Shiwiar à des étrangers. Ils pensent que cette ouverture vers l'étranger les aidera (financièrement et politiquement) aussi à récupérer la terre de leurs ancêtres auprès du gouvernement équatorien.

Le site : http://www.ikiam.info

L'excellent site référence du livre : Le Guide des destinations indigènes : http://www.aboriginal-ecotourism.org/

Un document en anglais résultant d'une étude britannique sur le mode de vie, la faune et la flore équatoriale sur les terres Shiwiar : http://www.spidea.com/Shiwiar/

Enfin, le site d'une ONG internationale de soutien aux peuples indigènes : http://www.survivalfrance.org

 

Quelques livres sur les indiens de la région:

Les lances du crépuscule de Philippe Descola (Pocket)
Une immersion en pays Achuar (autre ethnie indienne d'équateur, vivant également entre Puyo et la frontière péruvienne). Un ethnologue et son épouse passe plusieurs années dans une communauté, apprennent la langue. Tout ca en 1976. Dans ce libre, Philippe Descola raconte au quotidien leur façon de vivre et décrypte leurs mythes et légendes.

Le vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepulveda (Seuil)
Un écrivain chilien très connu. "Le vieux qui lisait des romans d'amour" est son premier roman et il a connu un succès immédiat. L'action se situe dans la jungle amazonienne en Equateur, et met en avant des indiens Shuar, gardiens de la forêt. La découverte d'un cadavre dans un petit village perdu déchaîne les passions jusqu'à ce qu'on se rende compte que l'auteur du crime est un fauve. Le vieil Antonio José Bolivar va se lancer à sa poursuite.

Les Jivaros de Michael J. Harner (Poche)
Ici c'est un anthropologue américain qui passe 14 mois chez les Jivaros (autre nom générique des indiens de l'est équatorien) en 1956. C'est l'une des première étude sérieuse sur ces populations, trés peu de temps après leur premier contact avec des occidentaux pour ce peuple très combatif.

 

Quelques ouvrages sur l'Amazonie en générale.

 
Amazonie mangeuse d'hommes de Ricardo Uztarroz (Arthaud)
Les incroyables histoires des malédictions liées à la découverte de l'Amazone : du conquistador Francisco de Orellana, à l'inspirateur d'Indiana Jones : Percy Fawcett, en passant par Walter Raleigh inventeur du mythe de l'El Dorado. La lecture est passionnante, et met en lumière les invraisemblances propagées autour de cette région mythique.

L'Amazonie malgré nous de Marc Gayot (Orphie)
Un texte admirable de fraîcheur et d'humour sur une descente de l'Amazone de deux amis à partir de Manaus sur une embarcation à voile. Tous les préjugés sur les dangers, les habitants, la nature tombent les uns après les autres. Un vrai coup de cœur.

 

Un livre sur l'écotourisme.

Le guide des destinations indigènes de Sylvie Blangy (Indigene)
LA bible des expériences d'écotourisme à travers le monde. C'est dans ce livre que nous avons trouvé cette communauté Shiwiar et la fondation FUNSSIF.
 

Ici, d'autres livres sur l'Amérique du Sud.

 

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